jeudi 12 décembre 2013

Rythmes scolaires à Pantin : où est passée la concertation ?

Dès la rentrée prochaine, en septembre 2014, les enfants pantinois, comme tous les autres, iront en classe 9 demi-journées par semaine au lieu de 8 actuellement. Cette réforme, issue de la loi Peillon de refondation de l’école, visait à mieux répartir les temps d’apprentissage dans la semaine en raccourcissant la journée.
Si les intentions sont louables, la presse s’est faite écho des difficultés rencontrées dans les villes où la réforme est déjà mise en œuvre. Pourquoi ? Parce que ces nouveaux rythmes ont été mis en place à marche forcée et sans aucune concertation avec les parents, les enseignants, les animateurs et les autres personnels communaux concernés. Sans compter la facture pour les communes qui s’élève souvent à plusieurs centaines de milliers d’euros, aide de l’Etat déduite.

Un simulacre de concertation

On pourrait penser que cette expérience ferait réfléchir les communes qui ne l’ont pas encore mise en œuvre, à commencer par Pantin. Et bien non ! Bertrand Kern a choisi le passage en force : il a d’abord organisé un simulacre de consultation par carte T, pour demander aux parents de se prononcer sur le choix du jour de classe ajouté, des horaires de classe et de la date de mise en œuvre (2013 ou 2014). Résultats, certains parents n’ont jamais reçu le document, il n’en a été adressé qu’un par famille (alors que chaque parent est électeur pour désigner ses représentants), certaines réponses étaient fortement orientées (si l’on choisissait 8h30 comme heure de début de la classe, les enfants ne pouvaient pas rester à la cantine, si l’on choisissait 9h, c’était possible…) et, excusez du peu, les résultats ont fait l’objet de quatre publications (Canal d’avril 2013, site de la ville, lettre aux parents et Canal de décembre 2013) donnant… 4 résultats différents !!
Devant les protestations des parents, des personnels d’animation et des enseignants, M. Kern a pris, devant le Conseil Municipal le 4 juillet dernier, l’engagement d’étroitement associer l’ensemble de la communauté scolaire à travers un comité de pilotage chargé de mener la concertation indispensable au regard de l’enjeu de ce projet. Le 4 novembre dernier, les représentants de parents étaient informés que la ville avait choisi son organisation. Adieu engagements, promesses, concertation, co-construction, communauté scolaire et le reste !

Des choix contestables

L’école devrait donc démarrer à 9h (contre 8h30) et finirait à 16h15 (au lieu de 16h30). Les activités pédagogiques ? « Le midi en même temps que la cantine ». Le contenu ? « On verra plus tard ». Les locaux ? « Dormez tranquilles, on a tout calculé, même là où il n’y a pas de centre de loisirs dans l’école ». L’accueil du matin ? « Les petits matins calmes, une garderie » dans laquelle il concède ne pouvoir organiser aucune activité pédagogique. Gratuit ? Bertrand Kern est « contre la gratuité par principe », alors que le ministre de l’éducation vante à coup de spots chèrement payés que la gratuité de cet aménagement des rythmes renforcerait l’égalité à l’école.  Cette solution minimaliste va tout de même coûter 250 000 euros à la commune. Pour quel apport ? Aucun.
Et pourtant, le besoin existe : 60% des enfants pantinois ne participent à aucune autre activité d’éveil et de découverte en dehors de l’école (centres de loisirs, école municipale des sports, clubs sportifs, conservatoire, pavillon des beaux-arts…). Or, tout le monde est d’accord pour dire que ces activités culturelles, sportives, ludiques, d’éducation scientifique ou à la citoyenneté favorisent les apprentissages scolaires. Si l’on ajoute que la proportion des enfants n’ayant aucune autre activité que l’école est beaucoup plus forte dans les familles connaissant des difficultés sociales, on a là une vraie politique publique de résorption des inégalités, qui pourrait être ce que l’on attend d’un gouvernement et d’une municipalité de gauche.

Il est encore temps de bien faire

Messieurs Peillon et Kern, il est encore temps de renoncer et de remettre l’ouvrage sur le métier. La solution proposée à Pantin est un tour de passe-passe minimaliste, sans ambition pédagogique (« il faut arrêter de mettre de la pédagogie partout » nous dit le Maire), difficilement réalisable (les « ateliers » du midi dureraient 40 minutes, ce qui rend difficile, selon les animateurs eux-mêmes, le montage d’activités qualitatives pour 20 minutes de temps réel).
Au PG, nous pensons :
  • qu’une vraie réforme des rythmes scolaires doit être globale, de la semaine à l’année : la réforme du rythme de la semaine doit s’accompagner d’une réforme des vacances pour rendre l’année plus rythmée et régulière ;
  • qu’elle doit permettre de proposer la même chose partout sur le territoire, et non selon le bon vouloir ou les moyens de la commune : l’éducation est nationale et doit le rester. Le lieu de résidence ne doit pas conditionner la qualité des enseignements et des activités proposées. Le dernier classement PISA le met en exergue : la France est le pays le plus inégalitaire de l’OCDE en matière d’éducation ;
  • qu’elle doit se faire en co-construction avec l’ensemble des acteurs de la vie scolaire : cela demande de faire confiance aux enseignants, aux parents, aux animateurs, ATSEM, éducateurs sportifs, associations…, à leur capacité d’imagination, de conception, à leur expertise du quotidien pour proposer un dispositif partagé, ambitieux et efficace ;
  • qu’elle doit partir du besoin de l’enfant, des conditions de sa réussite dans les apprentissages, de son épanouissement.


C’est pourquoi nous proposons la tenue de vraies assises de l’éducation à Pantin, qui soient ouvertes à tous (acteurs ou non de l’éducation, l’école est un enjeu républicain qui concerne tous les citoyens) et qui permettent de définir nos ambitions communes, de mesurer les moyens qui nous manquent et de définir les actions à mener dans les mois et années qui viennent. En faisant participer tout le monde, on permet à chacun d’être ensuite encore plus acteur. Le temps est fini où quelques « experts » isolés dans leur tour d’ivoire décidaient de ce qui est bon pour le plus grand nombre !

1 commentaire:

  1. Les enseignants ont vu passer tant de "réformes" ou de "refondations" qui n'étaient que des euphémismes pour "suppression de postes" et "destruction du service public" qu'ils risquent d'être a priori très sceptiques sur toute nouvelle annonce de réforme des rythmes scolaires et des vacances, qui serait inévitablement suspectée de viser (comme d'habitude) à demander aux enseignants de travailler plus (sans gagner plus) dans des conditions détériorées. Tout cela au nom de "l'intérêt des élèves" dont le néo-management (qui s'est infiltré jusque dans la gestion des fonctionnaires) n'a en réalité que faire. En dépit du classement PISA et des discours déclinistes (pour mieux abattre son chien, on l'accuse d'avoir la rage), l'éducation en France, telle qu'elle est, ne fonctionne pas si mal... lorsqu'elle n'est pas désorganisée et entravée par des réformes imbéciles ! J'ai envie de dire : assez de réformes ! Donnez déjà des moyens pour que l'organisation existante fonctionne correctement ! Et ensuite, prenons le temps de réfléchir ensemble (tous les acteurs) aux améliorations possibles, y compris celle des rythmes scolaires. Toute "réforme" qui ne sort pas du cadre austéritaire a de toutes façons toutes les chances de n'être qu'une contre-réforme de plus.

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